Tianyulong, l'ornithischien qui avait un pelage (18/3/2009)

Zheng X.-T., You H.-L., Xu X. and Dong Z.-M., 2009. An Early Cretaceous heterodontosaurid dinosaur with filamentous integumentary structures. Nature 458: 333-336

Depuis le début des années 90, un gisement chinois du Crétacé inférieur (125 Ma) fait beaucoup parler de lui : le Liaoning, surnommé la Pompéi des paléontologues, situé au nord-est de la Chine, a livré de très nombreux fossiles à la préservation exquise : des invertébrés, des plantes, des dinosaures, des mammifères, des oiseaux,... C'est un écosystème tout entier qu'il est possible d'étudier. Les découvertes les plus célèbres sont celles des "dino-oiseaux", petits théropodes au corps couvert de plumes ou de proto-plumes (tels Microraptor, Sinosauropteryx), le dinosaure endormi Mei long, une nichée de jeunes Psittacosaurus, la première plante à fleurs Archaefructus, le plus ancien marsupial Sinodelphys, le mammifère mangeur de bébés dinos Repenomamus, etc.

Une fois encore, le Liaoning nous livre un fossile exceptionnel : celui d'un petit ornithischien appartenant au groupe des Hétérodontosauridés. Une de leurs particularités est d'avoir des dents de types différents, alors que les dinosaures n'en ont que d'une seule forme habituellement. Il s'agit d'un groupe assez ancien, à la base de tous les autres Ornithischiens (Stegosauria, Ankylosauria, Pachycephalosauria, Ceratopsia, Ornithopoda), et dont la plupart des membres sont du Jurassique inférieur du sud de l'Afrique. La nouvelle espèce découverte en Chine, baptisée Tianyulong confuciusi, fait donc faire un bond de 70 Ma et de plusieurs milliers de km à ce groupe.

Tianyulong confuciusi

Crâne et téguments semblables à des poils de Tianyulong confuciusi (Figure issue de Zheng et al., 2009)

Tianyulong est connu par le squelette partiel d'un jeune adulte d'envion 70 cm de long. Comme les autres Heterodontosauridae, il possédait des "canines" et un diastème. Ce qui frappe le plus est la présence de structures filamenteuses, semblables à des poils, sur certaines parties de son corps : le cou, le dos et une partie de la queue portent les traces de ces téguments. Ces structures sont longues (jusqu'à 6 cm pour les plus grandes), simples et creuses, ce qui renforce l'hypothèse qu'il s'agirait d'une sorte de poil. En raison de leur aspect rigide et tubulaire, elles ressemblent fortement aux structures observées sur la queue d'un Psittacosaurus. Ces poils formaient chez Tianyulong un pelage qui pouvait très bien aider ce dinosaure au corps gracile à conserver sa chaleur. On soupçonne en effet de plus en plus que certains dinosaures, particulièrement ceux de petites tailles, au mode de vie actif, étaient endothermes.

La découverte de ces structures remet en question non seulement l'apparence des premiers ornithischiens, mais aussi l'origine des proto-plumes et plumes chez les théropodes dérivés. Ces divers téguments sont-ils apparus plusieurs fois chez des groupes de dinosaures différents ? Ou bien viennent-ils d'une structure ancestrale, qui a été perdue par la suite dans plusieurs lignées ? On sait en effet, grâce à des empreintes de peau fossile, que beaucoup de dinosaures étaient recouverts d'écailles. Plutôt que d'éclaircir notre vision des choses, Tianyulong nous oblige à réviser les scénarios existants et à nous poser de nouvelles questions.

Tianyulong confuciusi, détail des poils

Reconstitution de Tianyulong confuciusi, (c) Li-Da Xing

Détail des téguments de Tianyulong confuciusi (Figure issue de Zheng et al., 2009) Reconstitution de deux Tianyulong confuciusi (© Li-Da Xing)

 

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