La couleur d'un dinosaure est maintenant connue (28/1/2010)

Zhang F., Kearns S.L., Orr P.J., Benton M.J., Zhou Z., Johnson D., Xu X. and Wang X., 2010. Fossilized melanosomes and the colour of Cretaceous dinosaurs and birds. Nature 463: 1075-1078

Li Q., Gao K.-Q., Vinther J., Shawkey M.D., Clarke J.A., D'Alba L., Meng Q., Briggs D.E.G. and Prum R.O., 2010. Plumage color patterns of an extinct dinosaur. Science 327(5971): 1369-1372

Un an et demi après les découvertes de Vinther et al., une autre équipe de paléontologues s'est penchée sur les couleurs que devaient exhiber les dinosaures. Ils se sont particulièrement intéressés à un gisement bien connu du nord-est de la Chine, qui a livré de nombreux spécimens d'animaux du Crétacé inférieur en excellent état de préservation. On a ainsi pu étudier les téguments de ces dinosaures et oiseaux, car les plumes et proto-plumes ont souvent été préservées lors de la fossilisation. Zhang et al. ont à leur tour observé les téguments fossiles à la recherche des mélanosomes. Ces structures sont de véritables sacs à pigments, bourrés de mélanine, qu'on retrouve dans les plumes des oiseaux actuels. Il en existe de deux types : les eumélanosomes exhibent une couleur gris-noir et les phaeomélanosomes représentent des tons allant du brun-rouge au jaune. Lorsqu'ils sont fossilisés, il est possible de les distinguer en fonction de leur forme, de leur taille et de la manière dont ils sont organisés dans les plumes.

Mélanosomes chez Sinornithosaurus

Mélanosomes dans les filaments tégumentaires de Sinornithosaurus : b) phaeomélanosomes; c) et d) eumélanosomes alignés. Echelle = 2 µm (Photo issue de Zhang et al., 2010)

Les auteurs ont tout d'abord écarté la possibilité que les structures fossiles puissent être des artefacts minéraux ou des bactéries. Le fait qu'il s'agisse de mélanosomes réfute une hypothèse avancée par certains paléontologues que les plumes n'en étaient pas mais seraient des restes de collagène. Les auteurs ont analysé de nombreux fossiles et ont observé des mélanosomes chez Sinosauropteryx, Confuciusornis, Beipiaosaurus, Pedopenna, Yixianosaurus et Sinornithosaurus. L'étude des quantités et de la distribution des mélanosomes permet donc d'établir quelle était la couleur approximative et les motifs chez ces animaux disparus il y a 125 Ma. Par là même, il sera possible d'en savoir plus sur leurs habitudes : les couleurs étaient-elles vives ou ternes ? Elles pouvaient jouer un rôle dans la communication entre individus, ou aider au camouflage. En tout cas, les plumes sont apparues bien avant les ailes, mais il est encore difficile de déterminer si ces téguments ont d'abord servi à la thermorégulation ou à la parade. Zhang et al. ont déterminé que le petit dinosaure Sinosauropteryx avait des bandes brun-roux et blanches sur la queue, et que l'oiseau Confuciusornis avait des plumes noires, blanches et brun-orange.

Mélanosomes chez Sinornithosaurus

Reconstitution de deux Sinosauropteryx en pleine parade amoureuse (Dessin de Chuang Zhao et Lida Xing)

Quelques jours après, d'autres paléontologues ont présenté dans Science une étude sur les couleurs d'un autre dinosaure chinois : Anchiornis huxleyi. Leur étude a porté sur ce seul animal mais grâce à un nombre important de spécimens ils ont pu en dresser un portrait complet. Ce dinosaure avait le corps recouvert de plumes gris sombre, les longues plumes de ses membres portaient en sus des taches blanches, et il avait une crête couleur rouille sur la tête.

Reconstitution d`Anchiornis huxleyi

Reconstitution d'Anchiornis huxleyi (© Michael DiGiorgio)

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